Terre Wahabite, terre de fitna

Publié le par Abou Abdassatar Al Mouhawwid

Le Najd : terre de fitna, terre de wahhabisme(Traduction d'un extrait de "Replies to Salafi"- By Dr. G F Haddad - book Part 1 big file, livre téléchargeable en anglais à l'adresse:http://www.deenislam.co.uk/audio_links.htm).

La région du centre de l’Arabie connue comme le Najd, et qui a été pendant deux siècles le foyer de la doctrine wahhabite, est mentionnée dans un ensemble hadiths très intéressants qui demandent une analyse approfondie.
Parmi les narrations les plus connues, on trouve le hadith rapporté par l’Imâm al-Bukhârî dans lequel Ibn ‘Umar (ra) dit : « Le Prophète a dit : « O mon Dieu, bénis pour nous la Syrie ! O mon Dieu, bénis pour nous le Yémen ». Les gens (présents) dirent alors : « Et le Najd ? ». Il reprit : «O mon Dieu, bénis pour nous la Syrie ! O mon Dieu, bénis pour nous le Yémen! ». Ils dirent : « Et le Najd ? », et je crois qu’à la troisième fois ildit : « Dans cet endroit, il y a des tremblements de terre, des séditions ;et c’est à cet endroit que se lèvera la corne du diable » (qarn al-shaytan)».

On comprend facilement pourquoi les Najdis ont du mal à accorder foi à un tel hadith, et pourquoi certains d’entre eux ont tenté jusqu’à nos jours de persuader les musulmans habitant dans des régions plus honorées par les propos du Prophète , du fait que ce hadith ne doit pas être compris dans son sens habituel. Un des artifices dont ils se servent pour appuyer leur interprétation consiste à dire que le « Najd » est en fait une région qui inclut l’Irak. Par cette manœuvre, les Najdis tirent la conclusion que la partie du Najd qui est si fortement condamnée dans ce hadith renvoie en
réalité à l’Irak, dont ils excluent le Najd à proprement parler. Les géographes médiévaux musulmans contestent cette thèse étrange qui s’est transmise d’âge en âge (voir par exemple Ibn hurradadhbih, al-Masalik wa-l-mamalik [Leiden, 1887], p. 125 ; Ibn Hawqal, Kitab surat al-ard [Beyrouth, 1968], p. 18), et fixent la frontière nord du Najd à Wadi al-Rumma, ou encore aux déserts au sud de Mada’in. Aucune indication ne laisse penser que, dans l’esprit des premiers musulmans, les régions
vaincues lors de la deuxième vague de conquêtes, comme celles de Kufa ou de Basra, étaient associées au terme « Najd ». Au contraire, ces endroits étaient clairement identifiés comme demeurant à part entière en terre d’Irak.

Cette dérobade dans la compréhension du mot « Najd », motivée par l’intention délibérée d’exclure de sa définition la région du Najd proprement dite, ainsi qu’elle est comprise habituellement, a demandé des trésors d’ingéniosité de la part des écrivains pro-Najdis jusqu’à notre époque. Certains d’entre eux essayent par exemple d’amalgamer la « corne du diable » de ce hadith avec l’ « Est » dont il est question dans d’autres hadiths, et qui est censée être une référence générique à l’Irak. Bien que
certains commentateurs du Moyen Âge tardif aient pu pencher vers cette vue, les connaissances géographiques modernes excluent de façon catégorique cette opinion. Le plus bref coup d’œil à un atlas moderne montre qu’aucune ligne tracée à l’est de Médine ne passe près de l’Irak. Au contraire : une telle ligne passerait près du sud de Riyadh ; autrement dit, par le centre même du Najd. Le hadith qui parle de l’ « Est » dans ce contexte se réfère donc au Najd, et non pas à l’Irak.

Les apologistes pro-Najdis citent également à l’occasion le sens étymologique du mot arabe « Najd », qui signifie « haut plateau ». Là encore, une brève consultation à un atlas résout la question de manière décisive. En exceptant le nord de l’actuel Irak (anciennement appelé
al-Jazîra), qui n’a jamais été considéré comme partie intégrante de l’Irak par aucun musulman depuis l’époque du Prophète jusqu’à aujourd’hui, l’Irak est une terre plate et basse, dont la plus grande partie est faite de marigots, alors que le reste, tout en étant bas et plat, est désertique ou
agricole. Le Najd, en revanche, est principalement un plateau, où s’élèvent certains pics comme Jabal Tayyi’ dans le Jabal Shammar. L’hypothèse selon laquelle les Arabes auraient constamment appliqué un terme topographique signifiant « haut plateau » à un terrain plat du sud de l’Irak, semble donc
totalement absurde.

Nous trouvons la confirmation de l’identification habituelle que nous défendons, dans les recueils de hadiths eux-mêmes, puisqu’ils font à plusieurs reprises référence au Najd, en renvoyant clairement au centre de l’Arabie. On peut citer certains exemples parmi des dizaines. Il y a le hadith transmis par Abû Dawûd (Salat al-Safar, 15) : « Nous sortîmes du Najd avec le Messager de Dieu , jusqu’à ce que nous arrivâmes à Dhatal-Riqa’, où il rencontra un groupe de Ghatafan [tribu Najdie] ». De même, dans Tirmidhi (Hajj, 57), il est fait mention de la rencontre entre le Messager de Dieu et une délégation najdie qu’il reçut à ‘Arafa (voir également Ibn Maja, Manasik, 57). Dans aucun de ces cas, la Sunna n’indique que l’Irak est inclus dans la signification que le Prophète (saw) donne au
terme « Najd ».

On peut trouver d’autres évidences dans l’ensemble de hadiths qui fixent les points de sacralisation (miqat) des pèlerins. Dans un hadith transmis par l’Imâm Nasa’i (Manasik, al-Hajj, 22), ‘A’isha (ra) déclare que « le Messager de Dieu établit le miqat pour les gens de Médine à Dhu-l-Hulayfa, pour
les gens de Syrie et d’Egypte à al-Juhfa, pour les gens de l’Irak à Dhat Irq, pour les gens du Najd à Qarn, et pour les gens du Yémen à Yalamlam ».
L’Imâm Muslim (Hajj, 2) rapporte un hadith similaire : « pour les gens de Médine, c’est Dhu-l-Hulayfa ; alors que sur l’autre chemin c’est al-Juhfa ; pour les gens de l’Irak, c’est Dhat Irq ; pour les gens du Najd c’est Qarn ; et pour les gens du Yémen c’est Yalamlam ». Ces textes constituent des preuves irréfutables du fait que le Prophète faisait bien la distinction entre le Najd et l’Irak, à tel point qu’il a désigné deux miqat distincts pour les habitants de chacune des deux régions. Il est clair que
pour lui , le Najd n’inclut pas l’Irak.

Il y a par ailleurs plusieurs hadiths dans lesquels le Messager fait l’éloge de différentes terres en particulier. Il est fort significatif que le Najd, bien que ce soit la région la plus proche de la Mecque et de Médine, n’ait jamais été honoré par aucun de ces hadiths. Le premier hadith que nous avons cité montre que le Messager a prié de lui-même pour la Syrie et le Yémen, et qu’il a présenté un refus catégorique devant le demande insistante de prier pour le Najd. On voit clairement que le Najd, où qu’il soit mentionné, apparaît clairement comme un territoire problématique.
Considérons par exemple ce hadith noble:

Amr ibn Abasa a dit : Le Messager de Dieu passait revue un jour aux chevaux en compagnie de Uyayna ibn Hisn ibn Badr al-Fazari […] Uyayna remarqua : « Les meilleurs des hommes sont ceux qui portent les épées sur leurs épaules et leurs lances dans les sacs tissés de leurs chevaux, et qui
sont vêtus de capes, comme les gens du Najd ». Le Messager répondit : « Tu mens ! Les meilleurs des hommes sont plutôt les gens du Yémen. La foi est yéménite. Du Yémen, [les tribus de] Lakhm, de Judham et de Amila. […] Hadramawt est meilleur que la tribu de Harith. Une tribu est meilleure qu’une autre, une autre pire […] Mon Seigneur m’a ordonné de maudire les Qurayshites, et je les ai maudits. Alors il m’a ordonné de les bénir deux fois, et ainsi j’ai fait […] Aslam et Ghifar, et leurs associés de Juhaina, sont meilleurs que Asad, Tamim, Ghatafan et Hawazin, au regard de Dieu au
Jour de la Résurrection […] Les tribus les plus nombreuses au Paradis seront [les tribus yéménites de] Madhhij et Ma’kul » (Ahmad ibn Hanbal et al-Tabarni. Cité dans ‘Alî ibn Abû Bakr al-Haythami, Majma’ al-zawa’id wa manba’ al-fawa’id [Le Caire, 1352], X, 43).

Le Messager dit « Tu mens ! » à un homme qui fait l’éloge des gens du Najd. De plus, il ne loue nulle part le Najd – c’est plutôt le contraire. Et cela bien que dans d’autres hadith il multiplie ses louanges envers d’autres contrées. Par exemple : D’après Umm Salama, le Messager de Dieu (saw) donna le conseil suivant dans son lit de mort : « Par Dieu, Je vous en conjure par Lui, vous devez vaincre les Egyptiens. Ils seront alors un soutien pour vous et des adjuvants dans le chemin de Dieu » (Tabarani, classé par al-Haythami comme sahîh [Majma’,X, 63]. Voir pour plus de détails sur les mérites des Egyptiens, le commentaire de l’Imâm al-Nawawî au Sahîh de Muslim, Le Caire, 1347, XVI, 96-97).

Qays ibn Sa’d a rapporté que le Messager de Dieu a dit : « Même si la foi était suspendue aux Pléiades, les hommes des fils de Faris [centre et sud de l’Iran] l’atteindraient ». (Rapporté dans les deux Musnad, celui de Abû Ya’la et celui de al-Bazzar, classé comme sahîh par al-Haythami. Majma’,
X, 64-65. Voir également le commentaire de Nawawî au Sahîh de Muslim, op. cit., XVI, 100).

Le Messager de Dieu a dit : « La Sakîna est chez les gens du Hijaz » (al-Bazzar, cité dans Haythami, X, 53).

D’après Abû Darda (ra), le Messager de Dieu a dit : « Vous trouverez des armées (qui combattront à vos côtés dans le chemin de Dieu). Une en Syrie, une autre en Egypte, une en Iraq et une autre au Yémen » (al-Bazzar et Tabarani, classé comme sahîh : al-Haythami, Majma’, X, 58). Ici sont louées des terres habitées par des hommes combattant volontairement dans le jihâd, mais le Najd n’y figure pas.

« Les Anges du Tout-Miséricordieux étendent leurs ailes sur la Syrie » (Tabarani, classé sahîh : Majma’, X, 60. Voir également le commentaire de l’Imâm Muhammad ibn ‘Abd al-Rahman al-Mubarakfuri dans Tuhfat al-Ahwadhi bi-sharh Jami’ al-Tirmidhi, X, 454, qui confirme qu’il s’agit bien d’un hasan sahîh).

Abû Hurayra a rapporté que le Messager de Dieu a dit : « Les gens du Yémen sont venus à vous. Ils sont plus tendres de cœur que vous et leur âme plus délicate que la vôtre. La foi est yéménite et la sagesse est yéménite » (Tirmidhi, Fî fadl al-Yaman, nº4028. Mubarakfuri, X, 435, 437 : hadith hasan Sahîh. Dans la page 436, l’Imâm Mubarakfuri signale que les ancêtres des Ansars provenaient du Yémen).

« Les gens du Yémen sont les meilleurs de toute la terre » (Abû Ya’la et Bazzar, classé sahîh, Haythami, X, 54-55).

Le Messager de Dieu (saw) a envoyé un homme vers un clan arabe, mais les hommes de ce clan l’ont insulté et battu. Il revint vers le Messager de Dieu et lui dit ce qui lui était arrivé. Alors le Messager de Dieu répondit : « Si tu étais allé vers les gens d’Oman, ils ne t’auraient ni insulté ni battu » (Muslim, Fadha’il al-Sahaba, 57. Voir aussi le commentaire de Nawawî, XVI, 98 : « cela implique une louange de leur personne et de leur mérite »).

Les hadiths que nous avons cité sont tirés d’un ensemble substantiel de hadiths qui montrent que le Messager de Dieu a loué beaucoup de régions voisines de la Mecque et de Médine. Là encore, il est frappant de constater que le Najd, qui pourtant est bien plus proche de la Mecque et de
Médine que toutes ces autres régions, n’a jamais fait l’objet de pareils honneurs.

En général les Najdis savent tout cela. Le problème c’est qu’ils ne diffusent pas ce genre d’informations. Voire plus encore : afin de contourner ou d’annuler la condamnation explicite et implicite du Prophète à l’égard de leur région, certains d’entre eux ont été jusqu’à considérer que l’aspect territorial de ces hadiths n’est pas essentiel, de telle sorte qu’ils centrent leurs commentaires sur les tribus qui résident dans le Najd. Mais ce subterfuge ne résout pas la question, puisque même les tribus habitant le Najd sont considérées par le Prophète comme éminemment problématiques, ainsi qu’on va le voir.

La tribu la plus connue de l’Arabie centrale est sans conteste celle des Banu Tamim. Il y a des hadiths où l’on trouve des louanges de la plupart des tribus arabes. Pour donner une idée de ces louanges, voici quelques exemples :

Le Messager de Dieu a dit : « O mon Dieu ! Bénis sept fois [la tribu de] Ahmas, ainsi que ses chevaux et ses hommes » (Ibn Hanbal, in Haythami, Majma’, X, 49. D’après Haythami tous les transmetteurs sont dignes de foi).

Ghâlib ibn Abjur a dit : J’ai mentionné Qays en présence du Messager de Dieu , et celui-ci a dit : « Que Dieu montre Sa Clémence envers Qays ». On l’interrogea : « O Messager de Dieu ! Es-tu en train de demander à Dieu Sa Grâce pour Qays ? ». Il répondit : « Oui. Il a suivi la religion de notre
père Isma’îl ibn Ibrâhîm l’Ami de Dieu. Qays salue notre Yémen ! Yémen salue notre Qays ! Les gens de Qays sont la cavalerie de Dieu sur terre » (Tabarani, déclaré sahîh par al-Haythami, X, 49).

Abû Hurayra a rapporté que le Messager de Dieu (saw) a dit : « Quel peuple excellent que celui de Azd ! Ils sont éloquents, ils respectent leurs serments, et sont purs de cœur ! » (Ibn Hanbal, transmis selon un isnad hasan, d’après Haythami, X, 49).

Anas ibn Malik a dit : « Si nous ne sommes pas de Azd, nous ne sommes pas du genre humain » (Tirmidhi, Manaqib, 72 ; confirmé par Mubarakfuri, X, 439, comme hasan gharib sahîh).

‘Abdallah ibn Mas’ud a dit : « J’ai vu comment le Messager de Dieu louait les gens de la tribu de Nakh ». Ou d’après une autre version : « Il les loua jusqu’à ce que je désirai être l’un d’eux » (Ibn Hanbal, avec un isnad sain. Haythami, X, 51).

‘Abdallah ibn Amr ibn al-As dit : J’ai entendu le Messager de Dieu dire : « Le commandement [le Califat] devrait appartenir aux Qurayshites. Nul ne devrait s’opposer à eux sans être terrassé par Dieu Lui-même, aussi longtemps qu’ils établissent la religion » (Bukhari, Manaqib, 2).

Les hadiths qui semblent louer les tribus de Tamim ne sont donc pas exceptionnels, et ils pourraient sans exagération être employés pour prouver la supériorité des Tamim sur les autres tribus arabes. Néanmoins, dans toute cette vaste littérature faisant l’éloge des mérites de chaque tribu, on ne
trouve qu’un seul hadith louant directement les Tamim comme tels. Le voici :

Abû Hurayra a dit : Je n’ai cessé d’aimer les Banu Tamim depuis que j’ai entendu le Messager de Dieu (saw) dire : « Ils seront les plus sévères de ma communauté contre l’Antéchrist ». L’un d’eux avait été fait esclave, et ‘A’isha le possédait. Il (saw) dit à ‘A’isha : « Libère-le car il est de la descendance d’Isma’îl ». Et quand vint leur zakat, il (saw) dit : « Voici la zakat d’un peuple », ou d’après une autre version « de mon peuple » (Bukhârî, Maghazi, 68).

Ce hadith indique clairement que la rigueur des Tamimites sera utilisée pour, et non pas contre, l’Islam dans le climax final de la bataille contre l’Antéchrist ; et cela est indiscutablement une qualité. Le second point, à savoir la filiation à partir d’Isma’îl, est moins significatif puisque tous les Arabes sont des descendants d’Isma’îl. En ce qui concerne le troisième point, les différentes versions du hadith ne permettent pas d’en donner une interprétation sûre et définitive. Même en interprétant de la façon la plus positive, on ne peut rien dire sinon que le Messager était satisfait de cette tribu lors du paiement de la zakat. Mais comme on va le voir, le paiement de la zakat ne devait pas se perpétuer.

En effet, les hadiths critiquant ouvertement et explicitement les Tamimites sont bien plus nombreux. Ces hadiths sont généralement laissés de côté par les apologistes pro-Najdis. Néanmoins, une recherche dans une perspective traditionnelle islamique implique que l’on rassemble et que l’on étudie tous les éléments comme un tout, avant de juger. L’abondant matériel critique sur Tamim va vite nous montrer que cette tribu était sans aucun doute vue par le Messager (saw) et les Salaf comme profondément problématique.

Une indication sur la nature des Tamimites nous est donnée par Dieu Lui-même dans le Coran. Dans la sourate al-Hujurat, dans le verset 4, Dieu dit : « Ceux qui vous appellent de derrière les chambres : la plupart d’entre eux déraisonnent ». Le contexte de cette révélation (sabab al-nuzul) est le suivant :

« Les chambres (hujurat) sont des endroits enfermés par des murs. Chacune des épouses du Messager de Dieu en possédait une. Ce verset a été révélé en rapport avec l’événement suivant : une délégation des Banu Tamim était venue vers le Prophète , ils entrèrent dans la Mosquée, et s’approchèrent des chambres de ses épouses. Ils restèrent dehors et crièrent
: « Muhammad ! Viens dehors vers nous ! ». Cette façon d’agir dénotait une grande rudesse, une profonde grossièreté et un grand manque de respect. Le Messager de Dieu attendit quelques instants et sortit finalement vers eux. L’un d’eux, connu comme al-Aqra’ ibn Habis, dit : «Muhammad ! J’aime être loué, et n’aime pas être blâmé ! ». Et le Messager rétorqua : «Malheur à toi ! C’est là le propre de Dieu ! » (Imâm Muhammad ibn Ahmad ibn Juzayy, al-Tashil [Beyrouth, 1403], p.702. Voir également d’autres tafsîr, comme Ibn Hazm Jamharat ansab al-‘Arab [Le Caire, 1382], 208, dans le chapitre sur Tamim).

Mise à part cette condamnation coranique, on trouve de nombreux hadiths qui mettent en garde la communauté islamique contre cette tribu : D’après ‘Imran ibn Husayn (ra) : un groupe de Tamimites vint vers le Prophète , qui dit : « O tribu de Tamim ! Recevez de bonnes nouvelles !». Ils répondirent : « Tu nous a promis de bonnes nouvelles ! Donne-nous donc quelque chose [de l’argent] ! ». En entendant cela, le visage du Prophète changea. Alors quelques Yéménites vinrent, et il leur dit : « O peuple du Yémen ! Acceptez de bonnes nouvelles, bien que les la
tribu de Tamim ne les aient pas acceptées ! ». Ils dirent : « Nous les acceptons ». Le Prophète commença alors à parler du début de la Création et du Trône » (Bukhârî, Bad’ al-Khalq, 1).

Une des qualifications attribuées souvent aux Tamimites dans la littérature du hadith est celui d’avoir un zèle extravagant. Ils sont associés à une forme fanatique de piété faite d’une adhésion rigide et simpliste, plutôt que de compréhension profonde, et qui fréquemment défie les autorités religieuses reconnues. L’Imâm Muslim rappelle la narration de ‘Abdallah ibn Shaqiq :
Ibn ‘Abbas nous fit une fois un sermon après la prière de l’asr, jusqu’à ce que le soleil disparut et que les étoiles apparurent. Alors les gens commencèrent à dire : « La prière ! La prière ! ». Un homme des Banu Tamim vint à lui et lui dit de façon constante et insistante : « La prière ! La prière ! ». Et Ibn ‘Abbas répondit : « Serais-tu en train de m’enseigner la sunna, toi malheureux ? » (Muslim, Salat al-Musafirin, 6).

Il se peut que le mieux connu de tous les hadiths sur les Tamimites, qui encore une fois met en exergue leur zèle extravagant, est le hadith de Dhu-l-Khuwaysira :

Abû Sa’id al-Khudri (ra) a dit : Nous étions une fois en présence du Messager de Dieu alors qu’il était en train de diviser le butin de guerre. Dhu-l-Khuwaysira, un des hommes de la tribu de Tamim, s’approcha de lui et lui dit : « O Messager de Dieu, sois équitable ! ». Le Prophète répondit : « Malheur à toi ! Qui sera équitable si je ne le suis pas ? Tu es bien perdu si je ne suis pas équitable ! ». ‘Umar (ra) dit : « Messager de Dieu ! Permets-moi de me battre avec lui pour que je lui coupe la tête ! ».
Mais il dit : « Laisse-le, car il a aussi des compagnons ; et l’un de vous pourrait détester de faire sa prière en leur compagnie, ou de jeûner en leur compagnie. Ils prononcent le Coran, mais il ne va pas au-delà de leur clavicule. Ils passent à travers la religion comme une flèche passe à travers sa cible ». Abû Sa’id continua : Je jure que j’étais présent lorsque ‘Alî ibn Abi Talib lutta contre eux. Il ordonna de ramener cet homme »
(Bukhârî, Manaqib, 25. A propos de « passer à travers » voir Abû-l-‘Abbas al-Mubarrad, al-Kamil, chapitre sur les Akhbar al-Khawarij, publié séparément par Dar al-Fikr al-Hadith [Beyrout], pp.23-24 : « normalement, lorsque cela arrive, la flèche ne garde presque pas de sang de la cible »).

Ce hadith est pris habituellement par les exégètes dans un sens prophétique, comme un avertissement et une mise en garde contre les Kharijites. Il y a des croyants fanatiques qui entrent tellement fort dans la religion, qu’ils en ressortent par l’autre côté, sans rien garder, ou
presque, d’elle. Ibn al-Jawzi, le spécialiste hanbali bien connu pour ses hagiographies sur Ma’ruf al-Karkhi et Rabi’a al-Adawiya, confirme ce point de vue. Dans son livre Talbis Iblis (Beyrout, 1403, p.88), dans le chapitre intitulé « A propos des tromperies diaboliques où tombent les Kharijites »,
il transcrit le hadith précité, et commente : « Cet homme était appelé Dhu-l-Khuwaysira al-Tamimi […] Il était le premier Kharijite en Islam. Sa faute était d’être satisfait de son propre jugement ; mais s’il s’était arrêté pour réfléchir, il aurait compris qu’il n’y a pas de jugement supérieur à celui du Messager de Dieu ».

Ibn al-Jawzi présente alors tout un développement très documenté sur le mouvement Kharijite, et le rôle central que la tribu de Tamim a joué en son sein : « l’instigateur de la bataille [contre les sunnites à Harura] était Shabib ibn Rab’i al-Tamimi » (p.89), « Amr ibn Bakr al-Tamimi était d’accord
pour assassiner ‘Umar » (p.92). Tout cela malgré le fait que leur camp résonnait comme une ruche, tellement on y récitait le Coran (p.91).
A proprement parler, le mouvement Kharijite commença lors de l’arbitrage de Siffin, lorsque les premiers séditieux quittèrent l’armée du Calife ‘Alî (kaw). L’un d’eux était Abû Bilal Mirdas, membre de la tribu de Tamim (Ibn Hazm, 223), qui malgré sa récitation du Coran et son adoration constantes,
devint un des zélotes Kharijites les plus brutaux. Il est connu pour avoir été le premier à dire le Tahkim, la formule « Le jugement est à Dieu seul » au jour de Siffin, formule qui devait devenir le slogan des Kharijites.

Dans sa longue analyse du mouvement Kharijite, l’Imâm ‘Abd al-Qahir al-Baghdadi décrit également la participation essentielle des Tamimites et des tribus du centre de l’Arabie en général, en soulignant le fait que presque aucun homme des tribus du Yémen et du Hijaz ne contribuèrent à
grossir les rangs kharijites. Il présente aussi l’activisme kharijite ultérieur de Dhu-l-Khuwaysira. Il apparut devant ‘Alî ibn Abi Talib (kaw), et dit : « Ibn Abi Talib ! Je ne te combats qu’au nom de Dieu et de la vie dernière ! », ce à quoi l’Imam ‘Alî répondit : « Que nenni ! Tu es comme ceux dont parle Dieu : « Dois-je vous informer de qui sont ceux dont les œuvres sont les plus vaines ? Ce sont ceux dont les efforts les égarent dans la vie d’ici-bas, et qui s’imaginent pourtant faire le bien » (Kahf, 103) »
(Imâm ‘Abd al-Qahir al-Baghdadi, al-Farq bayn al-firaq (Le Caire), p.80 ; voir également la note p.76 pour une notice complète de Dhu-l-Khuwaysira).

En décrivant les rébellions kharijites, qui se sont bien entendu toujours accompagnées du massacre de musulmans civils innocents, l’Imâm ‘Abd al-Qahir montre bien que la plupart des mouvements kharijites importants sont issus du Najd. Par exemple, l’Azariqa, l’un des mouvements kharijites les plus
corrompus et répandus, était conduit par Nafi’ ibn al-Azraq, qui appartenait à la tribu centre-arabique des Banu Hanifa (‘Abd al-Qahir, p.82). Comme l’Imâm le rappelle : « Nafi’ et ceux qui le suivaient considéraient le territoire de ceux qui s’opposaient à eux comme Dar al-Kufr, dans lequel on
pouvait par conséquent massacrer femmes et enfants […] Ils avaient l’habitude de dire : « Ceux qui s’opposent à nous sont des mushrik, dès lors nous ne sommes tenus à rien en rapport avec ce qu’ils nous ont confié » (‘Abd al-Qahir, p.84) ». Après la mort en combat d’Ibn al-Azraq, « le mouvement d’Azariqa prêta serment à Ubaydallah ibn Ma’mun al-Tamimi. Al-Muhallab lutta contre eux alors à Ahwaz, où Ubaydallah ibn Ma’mun al-Tamimi lui-même périt, ainsi que son frère ‘Uthman ibn Ma’mun et trois cents des Azaraqites les plus fanatiques. Le reste se retira à Aydaj, où ils firent allégeance à Qatari ibn al-Fuja’a, qu’ils appelèrent Amîr al-mu’minîn » (‘Abd al-Qahir, p.85-86).

L’Azariqa, qui massacra sans compter des milliers de musulmans qui refusaient d’accepter leurs vues, avait une rivale dans une autre faction kharijite du Najd. Cette dernière était conduite par Najda ibn Amir, membre de la tribu de Hanifa, habitant le Najd. Najda campa son armée à Yamama, qui
fait partie du Najd (‘Abd al-Qahir, p.87).

Comme cela est toujours arrivé dans l’histoire du Kharijisme, la Najdiyya s’est fragmentée à cause des dissensions générées par leur intolérance et leur animosité. Parmi les causes de ce schisme, il y avait l’attaque à Médine, qui produisit plusieurs captifs. Alors, les kharijites, légitimant leur comportement sur leur propre ijtihad, eurent des relations sexuelles avec des femmes musulmanes qu’ils avaient réduit en esclavage. Trois grandes fractions émergèrent de cette dissension. La plus dangereuse était celle conduite par Atiyya ibn al-Aswad, encore de la tribu de Hanifa. Ensuite, après la mort de Najda, sa propre faction se divisa à son tour en trois, dont une quitta le Najd pour rafler les voisinages de Basra (‘Abd al-Qahir, p.90-91). La dernière secte, et la plus importante, était celle de
‘Ibadiyya, qui demeure encore vivante de nos jours à Zanzibar, dans le sud de l’Algérie et à Oman, bien que sous une forme atténuée et plus douce. Ce mouvement fut fondé par ‘Abdallah ibn ‘Ibad, un autre Tamimi. On connaît sa thèse selon laquelle les non-ibadites sont des mécréants (kuffar) : ils ne
sont pas croyants (mu’min), bien qu’ils ne puissent pas être appelés non plus associateurs (mushrik). « Ils interdisent l’assassinat secret [des non-ibadites], mais permettent les batailles au grand jour. Ils permettent les mariages [avec les non-ibadites], et le fait d’hériter d’eux. Ils prétendent que tout cela est une aide dans leur guerre pour Dieu et Son Messager » (‘Abd al-Qahir, p.103).

La femme la plus connue parmi les Kharijites est Qutam bint ‘Alqama, membre de la tribu des Tamimites. Elle est connue pour avoir dit à son fiancé Ibn Mujlam que « je ne t’accepterai comme mon mari que si tu me donnes une dot dont je dois préciser moi-même les termes. Elle doit consister en trois mille dirhams, un esclave mâle et une autre femelle, et l’assassinat de ‘Alî ! ». Il demanda : « Tu auras tout cela, mais comment puis-je réaliser cela ? ». Elle dit : « Attrape-le par surprise. Si tu échappes, tu auras sauvé les hommes du mal, et tu vivras avec ta femme ; si tu meurs dans ta tentative, tu iras au Paradis, et tu auras des délices qui jamais ne tariront ! » (Mubarrad, 27). Comme on le sait, Ibn Muljam fut exécuté après avoir poignardé ‘Alî à Kufa.

Les musulmans qui sont désespérément désireux de ne pas voir se répéter les erreurs du passé devraient réfléchir profondément sur ces événements. Des dizaines de milliers de musulmans absolument consacrés à la foi et à la compréhension de leur pratique religieuse, sont néanmoins tombés dans les rets de la tentation kharijite. Les ‘ulamâ’ font remonter les origines de cette tentation jusqu’à l’indicent de Dhu-l-Khuwaysira, qui se considérait lui-même meilleur musulman que le Prophète . Et lui, comme la majorité accablante des chefs kharijites qui l’ont suivi, étaient des Tamimites. En outre, la plupart des kharijites non-tamimites étaient de la région du Najd.

Il y a finalement un autre point que les musulmans doivent tenir en compte au moment de forger leur opinion sur le Najd. C’est l’attitude des Najdis après la mort du Prophète . Les historiens affirment que la majorité des rebellions contre le paiement de la zakat qui ont éclaté pendant la
khilâfa de Abû Bakr (ra), sont le fait des Najdis. Mais plus remarquable encore est le fait que beaucoup des rebellions najdies étaient fondées sur une idéologie anti-islamique. La plus connue de ces rebellions était conduite par Musaylima, qui prétendait être un prophète, et qui établit une
fausse sharî’a rivale de celle de Muhammad , qui comprenait des rituels quasi-islamiques, comme le jeûne ou les règles alimentaires. Il prescrivit également des prières trois fois par jour. En tant que leader de cette fausse religion rivale, il était lui-même ainsi que ses enthousiastes du Najd, dans un état de baghy, c’est-à-dire de révolte hérétique contre la véritable autorité califale. Dès lors le Calife Abû Bakr (ra) fut pleinement autorisé à envoyer contre eux une armée sous le commandement de Khalid ibn al-Walid. En l’an 12 de l’Hégire, Khalid infligea une défaite décisive aux Najdites dans la bataille sanglante d’al-Aqraba, qui se déroula dans un pré qui est connu par nos historiens sous le nom de Pré de la Mort, car beaucoup de grands Compagnons (ra) perdirent leurs vies aux mains de Najdis (Voir ‘Abdallah ibn Muslim Ibn Qutayba, Kitab al-Ma’arif [Le Caire, 1960], p.206 ; Ahmad ibn Yahya al-Baladhuri, Futuh al-buldan [Beyrouth], p.86).

Il est intéressant de savoir en outre qu’on peut trouver une indication de la perpétuation de la vie religieuse déviée najdie dans les récits donnés par le voyageur non-musulman Palgrave, qui en 1862 trouva encore des hommes appartenant à des tribus Najdies qui continuaient à révérer Musaylima comme un prophète (W. Palgrave, Narrative of a year’s journey through Central and Eastern Arabia [London, 1865], I, p.382).

L’autre chef de file de la rébellion Najdite contre la khilâfa était une femme connue comme Sajah, dont le nom complet était Umm Sadir bint Aws, et qui appartenait à la tribu de Tamim. Elle se proclama prophétesse d’un seigneur logeant « dans les nuages », qui lui transmettait des révélations
par lesquelles elle réussit à réunir les différentes factions des Tamim, qui s’étaient plus ou moins divisées et dispersées en raison de leur refus d’accepter l’autorité de Médine. Elle conduisit de nombreuses campagnes contres des tribus qui demeuraient fidèles au vrai message de l’Islam. On
dit en outre que cette prophétesse Najdie s’unit dans ses desseins à Musaylima. Cependant, mis à part cela, sa vie est peu connue (Ibn Qutayba, Ma’arif, p.405 ; Baladhuri, Futuh, pp.99-100).

Pour compléter toutes ces évidences, on doit ajouter comme extrêmement significatif le fait qu’aucun des grands muhaddith, mufassir, grammairiens, historiens ou mujahid de toute l’Histoire de l’Islam, ne sont issus du Najd, malgré l’extraordinaire et heureuse profusion de telles personnes dans d’autres régions du Dar al-Islam.

CONCLUSION

Un matériel conséquent concernant le Najd et les Tamimites nous est parvenu depuis le temps des Salaf. Si nous rejetons la méthode de certains apologistes pro-Najdis, qui est fondée sur des citations extrêmement sélectives de hadiths, associées à de pâles imitations de commentaires
médiévaux tardifs, nous devons par là même apporter des conclusions définitives, fondées sur la recherche objective, en ce qui concerne l’Arabie centrale et ses habitants. Le Coran, le Hadith sain, et l’expérience des Salaf concourent de façon accablante à assimiler la région de l’Arabie
centrale à une région de fitna. La première fitna de l’Islam était issue de cet endroit, notamment par le biais de l’arrogance de Dhu-l-Khuwaysira et ses semblables, puis, par la suite, par le biais de l’apostasie et de l’indulgence affichée à l’égard de faux prophètes qui causèrent tant de
difficultés à Abû Bakr (ra). Postérieurement, l’hérésie kharijite, qui était fondamentalement Najdie dans ses racines, jeta une ombre sinistre et durable sur les premiers temps de l’Islam, en divisant les musulmans, en les détournant de l’expansion de l’Islam jusqu’à Byzance, et en propageant
rancœur, suspicion et amertume sur les premières générations de musulmans. Seulement le sympathisant pro-Najdi le plus déterminé, le plus aveuglé et irresponsable peut ignorer cette évidence historique, transmise d’une façon aussi fiable depuis les purs Salaf. Pour une telle personne, qui vit dans une illusion complète, le Najd, malgré l'évidence historique du rigorisme littéraliste et fourvoyé qu’il a produit et qu’il produit encore, est en quelque sorte une aire favorisée par Dieu !

Mais Dieu est plus savant. Qu’Il unisse toute notre Umma dans l’amour des premiers musulmans qui refusaient la bigoterie, et qu’Il nous préserve du piège du Kharijisme et de ceux qui sont attirés par sa mentalité à notre époque. Amîn.

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